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Étude sur le Printemps érable

En 2012, j’ai manifesté. Mon corps s’en souvient.

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21 avril 2015 // par Stéphanie Thibault
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Des milliers de personnes défilent dans la rue en un amas compact, hérissé de pancartes. Sifflets, chansons, slogans et bonne humeur sont au rendez-vous, même si la foule proteste. Au printemps 2012, les manifestations se succédaient, le mouvement persistait… et la professeure Julie-Anne Boudreau du Centre Urbanisation Culture Société de l'INRS s’interrogeait sur les motivations des participants. Pour s’en enquérir, elle a monté avec son équipe un protocole de recherche innovant et un peu « casse-cou ». Son rapport encore tout chaud, on voit les manifestations refaire surface.

 

« Qu’est-ce qui pousse un individu à s’engager dans un mouvement alors qu’il ignore combien de temps la mobilisation durera et quelle en sera l’issue, alors que les risques sont évidents? demande Julie-Anne Boudreau, visiblement touchée par cet élan. Au-delà du message des leaders du mouvement, chaque personne qui y prend part a ses raisons qui peuvent être d’une nature inattendue. »

 

En fait, au cours des entrevues menées pour la recherche Trajectoires printanières, la chercheuse a constaté que même les étudiants qui ont marché jour après jour durant le Printemps érable n’avaient pas toujours conscience de la nature de leurs motivations profondes. Il aura fallu les confronter aux réactions émotionnelles de leur corps pour en comprendre la teneur. « En entrevue conventionnelle, les gens filtrent énormément leurs propos pour qu’ils soient acceptables, rationnels… mais nous souhaitions franchir cette barrière, aller plus loin, raconte la professeure. C’est en partie pour cela que nous avons fait appel à des outils biométriques. »

 

Un an après les manifestations, l’équipe de recherche a accompagné des manifestants dans la ville, recréant des parcours qui leur étaient devenus familiers. Que pouvaient-ils ressentir en discutant de leur expérience dans des lieux où ils avaient été les acteurs d’un chapitre de l’histoire? Un bracelet mesurant leur rythme cardiaque et leur température corporelle témoignait de leurs sentiments. Ils étaient également équipés d’une caméra intégrée à des lunettes fumées et d’un GPS.

 

Au retour de leur balade technologique, les informations biométriques couplées à l’image captée durant le parcours et à la géolocalisation ont permis de questionner plus précisément certaines réactions. « On arrivait à identifier des moments où une activité émotionnelle était plus forte et les participants interprétaient ce pic en réécoutant la portion d’entrevue et en examinant les images des lieux, explique Alexia Bhéreur-Lagounaris, assistante de recherche. Parfois, on réalisait que la simple présence d’une voiture de police avait provoqué la réaction. À d’autres moments, c’était un souvenir de grande fierté, de solidarité. Mais aussi, les participants réalisaient grâce à la démarche que des éléments beaucoup plus intimes entraient dans l’équation. »

 

C’est ainsi que l’équipe a mis au jour à quel point les liens d’amitié, le goût pour l’aventure, l’espoir de revoir une personne charmante, l’appartenance à un groupuscule stimulant et bien d’autres éléments d’une nature loin de la politique traditionnelle sont indissociables de la dynamique des manifestations.

 

Les émotions vécues lors des manifestations par les participants à l’étude étaient suffisamment marquantes pour raviver les réactions physiques en entrevue. « Elles ont aussi teinté leur “ montréalité , délimitant les zones réconfortantes, les zones d’inconfort ou les quartiers accueillants, ajoute Mathieu Labrie, doctorant. J’ai cartographié les émotions associées à certains lieux auxquels ont référé les participants. Définitivement, l’expérience du printemps 2012 a changé le rapport à la ville pour les manifestants… ils se sont approprié une ville qui a vibré avec eux le temps d’un printemps. » ♦

 

 

 

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