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Julie-Anne Boudreau

Insécurité, mobilité, action politique

Projets en cours

Chaire de recherche du Canada sur l'urbanité, l'insécurité et l'action politique

Deux questions principales structurent les divers projets de la Chaire :

Qu’est-ce qui, dans la ville, susciterait de la mobilisation politique? Nous explorons particulièrement deux articulations : a) ville-insécurité-mobilisation, et b) ville-mobilité-mobilisation.

En quoi la ville constituerait-elle un nouvel espace politique dans le contexte de recomposition de l’État? Comment les enjeux urbains contribueraient-ils à modifier le rôle de l’État dans la gestion de l’insécurité?

Les travaux de la Chaire prennent forme dans le laboratoire Ville et ESPAces politiques (VESPA), mis en place au cours de l’année 2006. Le VESPA est un espace multimédia équipé des appareils nécessaires à la cueillette de données visuelles et audiovisuelles (photo, vidéo, trames sonores), à leur traitement (poste ordinateur et logiciels de montage vidéo, photo; logiciel de retranscription d’entretiens, logiciels de codification, etc.) à leur archivage, au travail en réseau (serveur) et à leur diffusion (projecteurs, téléviseur, vidéoconférence, etc.). Le VESPA offre également l’accès à une banque de données historiques constituée d’articles de presse montréalais de 1970 à 2006 reliés aux thématiques étudiées. À l’aide de ces outils, le VESPA se veut un carrefour d’exploration en méthodes qualitatives et comparatives. Les activités du laboratoire sont diversifiées : soulignons en particulier la constitution d’une banque de photos urbaines sur Montréal et autres villes du monde, la réalisation de séminaires explorant les méthodes de recherche multimédia, et la tenue d’ateliers internationaux, dont le plus important s’est tenu en avril 2007.

Les travaux du VESPA s’organisent autour de quatre grands thèmes que l’on explore afin de trouver des éléments de réponse à ces deux axes de questionnement : la mobilité, l’informalité, l’urbanisation et la gouvernance.

 

A) La mobilité

De plus en plus de gens bougent souvent, de plus en plus loin, de plus en plus rapidement, de plus en plus facilement. La mobilité, autrement dit, serait un phénomène sociologique central lié aux processus de mondialisation. Les exigences de flexibilité de la main-d’œuvre, les progrès technologiques et la multiplication des choix individuels sont autant de facteurs qui incitent les gens à la mobilité. Les nouvelles structures familiales (célibataires, monoparentales s’appuyant sur les ressources de la famille élargie, recomposées) sont elles-mêmes «mobiles» au sens où elles sont éclatées sur plusieurs logements, souvent diffus dans plus d’une ville,  voire continent. Les travaux sociologiques sur la mobilité mettent en lumière son aspect individuel : bouger est une affaire personnelle et non un phénomène de masse. Être mobile, c’est vivre une expérience spécifique qui façonne qui nous sommes. Ce qu’il importe de souligner, à la lumière de ces travaux, c’est la valorisation constante de la mobilité dans nos sociétés. Être mobile devient un capital socioculturel presque essentiel pour une bonne carrière. L’intuition sous-jacente à nos recherches est qu’être mobile, en soi, permettrait le développement de certaines compétences, de vivre certaines émotions, de se forger une identité. Si la mobilité comme levier d’intervention sociale a surtout visé l’insertion sur le marché du travail, nous explorons la possibilité de la considérer plus largement comme facteur de développement personnel.

 

Le VESPA a initié deux projets de recherche explorant les impacts de la mobilité et collabore à deux autres :

 

Understanding the city as a generative of sociopolitical mobilization: The case of Los Angeles, financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH)

L’objectif de cette recherche est de mieux comprendre comment la ville serait génératrice de mobilisation sociopolitique dans un contexte où mondialisation et urbanisation vont de pair. L’hypothèse de départ est que les espaces circulatoires, c’est-à-dire les déplacements dans et vers la ville, servent de catalyseurs pour la mobilisation puisqu’ils suscitent des émotions contrastées et permettent de s’approprier plusieurs nouveaux espaces. À partir d’une étude ethnographique avec des femmes d’origine latino-américaine à Los Angeles, nous tentons de mieux saisir l’impact de leur expérience de migration et de leur mobilité quotidienne sur la conscientisation politique. Ces femmes effectuent des trajets fréquents et très longs pour travailler en tant qu’aide domestique dans des quartiers contrastés par rapport au leur. Se déplacer leur permettrait de comparer diverses situations, d’accéder à de l’information, de développer un réseau d’entraide dans les bus, etc.

 

Appréhensions et opportunités face à la mobilité des jeunes. Le cas montréalais, financé par le Centre Métropolis du Québec, en partenariat avec la Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal

Suite à une série d’articles médiatisés sur les gangs de rue à Montréal et leurs déplacements vers Laval, l’objectif est de mieux comprendre les appréhensions face à l’arrivée du métro à Laval et les possibilités qu’il apporterait pour le développement social. Pour ce faire, nous focalisons la recherche sur deux aspects. D’abord, en réponse à l’idée que le métro accélèrerait l’arrivée en banlieue de problèmes perçus comme « urbains » tels les gangs de rue, le projet vise à comparer les représentations qu’ont les jeunes de la ville et de la banlieue. La population étudiée est celle des jeunes de niveau secondaire 5 et du Cégep à Montréal et à Laval. Ensuite, les pratiques de mobilité de ces jeunes (l’utilisation du métro) sont explorées afin de mesurer l’impact d’un meilleur accès au transport en commun sur le développement de compétences sociales et interculturelles. Cette recherche ne vise pas à étudier directement les pratiques de mobilité des gangs de rue ou la criminalité dans et par le métro, mais plutôt de comprendre en quoi la mobilité des jeunes en général pourrait contribuer à: 1) diminuer le sentiment d’insécurité plutôt que de l’intensifier comme le suggère le débat médiatique; 2) favoriser la compréhension interculturelle; et 3) développer des compétences nouvelles chez les jeunes.

 

Ce projet est lié à la problématique plus large développée dans le cadre du projet L’appréhension face à la ville et le comportement politique en banlieue. L’exemple du quartier Laval-des-Rapides dans la région métropolitaine de Montréal, financé par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC), lequel pose la question : qu’est-ce qui, dans la ville, susciterait la mobilisation sociopolitique? À l’inverse, quelles caractéristiques des banlieues produiraient de l’apathie politique? Quel est le poids des représentations sociales de la ville et de la banlieue dans le comportement politique des jeunes des banlieues montréalaises? Quels types de comportements politiques (vote, pratique de l’internet, lobbying, associations, etc.) y retrouve-t-on? Un événement spécifique, l’arrivée du métro à Laval, sert de laboratoire pour explorer l’articulation entre les représentations de la ville et la banlieue, la réalité quotidienne dans ces milieux de vie et le comportement politique, en mettant en relief le rôle des émotions dans le processus politique, rôle souvent oublié au profit d’explications en termes de conflits d’intérêts et de calculs rationnels. L’ouverture de stations de métro à Laval semble susciter certaines anxiétés puisqu’il pourrait faciliter, selon certains, « l’arrivée » en banlieue de phénomènes associés aux représentations négatives de la ville, tels les gangs de rue. Est-ce que des émotions comme l’appréhension et la déception face à un quotidien qui ne ressemble pas (ou plus) aux représentations idylliques de la banlieue, pourraient susciter certaines formes de conscientisation et d’engagement politique ? Le métro comme élément de nouveauté dans le quotidien des Lavallois sert de point de départ à cette recherche visant à explorer l’influence relative du calcul rationnel et des émotions (appréhension, déception) dans l’action politique.

 

La métropolisation vue par ses axes de mobilité, équipe Métropolisation et Société, projet financé par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC), sous la direction de Jean-Pierre Collin, avec Gilles Sénécal, Pierre J. Hamel, Laurence Bherer et Julie-Anne Boudreau.

Comment comprendre le devenir politique d’un espace métropolitain marqué par l’incertitude de ses frontières et des relations aux autres territoires politiques dans lesquels on a l’habitude de penser le processus politique? Comment favoriser le vivre-ensemble dans un contexte d’inégalités et de polarisations croissantes, couplé avec la mobilité croissante des individus? Face à cette incertitude et à une certaine impasse dans la façon de poser les questions de recherche, nous proposons de reproblématiser la notion de métropolisation. Dans la perspective d’un programme de recherche à plus long terme, nous cherchons 1) à spécifier un nouveau point de départ épistémologique qui nous permettra de poser la question de la métropolisation non en référence au paradigme des territoires politiques stables, fermés et institués, mais plutôt en mettant en relief les axes qui composent la métropole et 2) à développer un nouvel analyseur multidimensionnel qui serait reproductible sur plusieurs axes de la métropole et dans le cadre de l’analyse d’autres métropoles.

 

Les Autochtones et la ville : identité, mobilité, qualité de vie et gouvernance, réseau DIALOG, financé par le programme Alliances de recherche universités-communautés (ARUC) du CRSH, sous la direction de Carole Lévesque et Edith Cloutier

Cette ARUC, nommée Odena (qui veut dire « familles » et « ville » en langue algonquine) propose de documenter, de comprendre et d’analyser les nouvelles logiques et dynamiques qui sous-tendent la présence des Autochtones dans les villes du Québec afin d’améliorer leur qualité de vie par une offre plus ciblée de services et de programmes et de soutenir les initiatives de développement social, culturel, politique et économique des leaders et intervenants. Quatre objectifs de recherche prioritaires ont été identifiés : 1) Tracer un portrait d’ensemble de la situation sociale, économique, culturelle, politique et juridique des Autochtones des villes afin de se doter de nouveaux indicateurs et de nouveaux mécanismes pour planifier l’action; 2) Caractériser et évaluer, à l’échelle de chacun des centres, les pratiques et les programmes afin de modeler l’offre de services et de renforcer les capacités; 3) Comprendre les défis actuels en matière de pauvreté, de racisme, de discrimination, d’exclusion, d’inégalité et d’insécurité afin de diversifier et de consolider les interventions en développement social; 4) Identifier les conditions d’une nouvelle participation citoyenne et mettre en valeur l’action collective autochtone.

 

B) L’informalité

L’informalité, c’est-à-dire toutes formes d’action illustrant les transformations des modes traditionnels de régulation sociopolitique avec les outils d’élaboration et de mise en œuvre des politiques publiques, est fortement liée aux processus de mondialisation. Face à l’incertitude liée à ces remises en question de l’autorité de l’État, l’informel génère à la fois insécurité et opportunités politiques. Les réseaux informels se présentent sous deux grandes catégories : 1) les réseaux liés à la circulation illicite de biens, d’informations et de personnes (drogues, corruption, immigration clandestine, etc.) et 2) les réseaux liés au travail, au quotidien et à la consommation (le travail non déclaré, les entreprises clandestines, les squats et bidonvilles, etc.). Ces réseaux ont leurs propres formes et règles à la fois en marge et au cœur de la régulation de l’État. La relation donc, entre le formel et l’informel, est fortement interdépendante.

 

La réflexion du VESPA sur l’informalité se fait en collaboration avec le Réseau international de recherche comparative sur l’informalité dans les métropoles (RECIM), dont les travaux poursuivent deux objectifs :

 

Consolider des relations interpersonnelles entre des chercheurs du Canada, des États-Unis et du Mexique afin de développer une approche comparative Nord-Sud. Notre objectif est de lire nos propres travaux à la lumière de la perspective d’un Autre (soit nos collègues travaillant dans une ville, discipline, institution et culture différentes) afin d’identifier de manière inductive les diverses compréhensions de l’informalité et de son traitement. Nous ne comparons pas des objets, mais bien les processus selon lesquels les objets sont constitués comme objets de connaissance. La comparaison n’est pas seulement un instrument pour mieux comprendre les réseaux informels; elle est également une activité qui se déploie par le dialogue entre les chercheurs. En parlant des résultats de leurs recherches, les collègues doivent expliquer les valeurs sous-jacentes et les prémices de leurs travaux. Cette approche de la comparaison se construit donc par le biais de relations interpersonnelles construites dans la confiance.

Développer une meilleure compréhension de l’insécurité et de l’informalité au Canada, aux États-Unis et au Mexique afin d’informer sur l’élaboration d’outils d’intervention. La comparaison de l’informalité dans les trois pays peut permettre aux décideurs de situer leurs programmes dans un contexte plus large. Les réseaux informels au Canada ne sont pas définis de la même façon qu’au Mexique ou aux États-Unis. Il y a bien sûr certaines similarités (le trafic de drogue, par exemple), mais ce qui est considéré problématique au Canada ne l’est pas nécessairement au Mexique, et vice et versa. Une meilleure connaissance du cadre structurant le débat public dans les trois pays permet donc potentiellement de révéler certaines tendances et interdépendances dans les réseaux informels étudiés.

Ce deuxième objectif est mis en oeuvre par le biais d’une subvention du Centre Métropolis du Québec, en partenariat avec Sécurité Publique Canada, pour un projet intitulé Informalité-Informality-Informalidad : regards croisés sur les enjeux au Canada, États-Unis et Mexique. L’objectif de ce projet de mobilisation des connaissances est de construire deux instruments qui serviront de point de départ à la comparaison. À partir des résultats de recherches déjà effectuées par les chercheurs, un tableau de synthèse et un glossaire sont constitués afin d’exposer pour chacun des pays : 1) quels sont les types d’informalité, 2) quels sont les travaux de recherche existants sur l’informalité, 3) quels termes sont utilisés pour décrire l’informalité et quelle charge normative est associée à ces termes (le glossaire servira donc à la fois à traduire les termes en trois langues, mais aussi et surtout, recenser le sens positif ou négatif associé aux termes utilisés, le choix du vocabulaire mobilisé par les programmes gouvernementaux, et le contexte épistémologique de ces termes dans la recherche scientifique), et 4) quel traitement médiatique est fait de l’informalité.

 

C) L'urbanisation

Nous le savons, le monde s’urbanise à une vitesse jamais vue. Les travaux du VESPA ont comme objectif premier de comprendre l’impact de cette urbanité sur le processus politique. Nous définissons l’urbanité comme une condition historique inégalement distribuée sur le plan géographique. Certaines régions sont beaucoup plus densément urbanisées que d’autres. Cette condition historique, étroitement liée aux processus de mondialisation, est caractérisée par de fortes interdépendances, une intensification et une accélération de la mobilité, et une grande imprévisibilité. L’originalité de l’approche du VESPA réside dans un questionnement épistémologique et méthodologique en réponse à ces transformations fondamentales du processus politique dans ce contexte d’urbanisation accélérée. En effet, les sciences sociales modernes ont été étroitement associées à l’État. Elles ont servi à produire des connaissances sur des sociétés considérées comme des entités fixes et reconnaissables. On identifiait un problème à l’intérieur des limites fixes d'un pays et les connaissances produites servaient à résoudre ce problème. Or, ces prémisses ont été fortement contestées dans les années 1980 par le postmodernisme. Elles ont été ébranlées d’autant plus visiblement par le 11 septembre 2001 et par la crise financière de 2008. La porosité des frontières étatiques et l’imprévisibilité des acteurs ont mis en évidence le fait que la réalité étudiée par les sciences sociales n’est pas fixe. Ceci est très clair lorsque nous observons la ville. L’époque actuelle, nous le savons, est caractérisée par de fortes interdépendances et les villes jouent un rôle central dans cette circulation de capitaux, d’idées, de personnes, de biens, d’informations. À l’échelle micro-sociologique, les multiples interactions en ville sont également interdépendantes et génèrent des situations inattendues, qui, à leur tour, se diffusent très rapidement dans d’autres villes par le biais des technologies de communication. Pensons par exemple à la vitesse à laquelle les émeutes dans les banlieues françaises en 2005 ont fait le tour de la planète et créé des situations semblables ailleurs. Ces interdépendances sont difficiles à gouverner; elles sont imprévisibles. La vitesse des échanges rend illusoire la prétention de les analyser en termes de coûts-bénéfices. Il nous semble plus efficace de les saisir en suivant les réactions en chaîne dans de multiples directions. Ceci signifie concevoir la réalité à étudier dans toute sa mobilité afin de pouvoir suivre les acteurs dans leurs expérimentations, dans la logique de leurs actions. Comment appréhender cette réalité fugitive? Comment étudier l’individu mobile? Comment capter ce qu’il ressent en temps réel? Comment saisir la logique de ses actions? Au VESPA, nous élaborons une épistémologie de l’urbanité en capitalisant sur trois de ses caractéristiques : la mobilité, la charge affective liée aux stimulations sensorielles et les interdépendances.

 

L’urbanité, pour nous, c’est aussi l’interface avec la ruralité; c’est pourquoi nous portons une attention particulière aux espaces hybrides, aux espaces périurbains. Nos travaux explorent plus particulièrement le cas du Vietnam. En effet, le Vietnam est caractérisé par un réseau très dense de villages d’artisanat en périphérie des grandes villes; ces villages jouent un rôle central dans les processus actuels d’urbanisation.

 

Urbanization Processes at work : Mobility and Local development in Hanoi, financé par le Fonds d’initiatives internationales du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), avec Jean-Pierre Collin, Julie-Anne Boudreau, Mélanie Robertson, Ha Huu Nga et Nguyen Duc Truyen du Sustainable Development Institute for the North (SDIN) de la Vietnam Academy of Social Sciences (VASS).

Dans ce projet de recherche, notre objectif est de comprendre, à travers l’étude de deux communautés vivant en périphérie de Hanoi (An Khanh et Trieu Kuhc), l’impact du processus d’urbanisation sur : 1) les conditions de vie quotidienne; 2) les perceptions de l’urbanisation; 3) les institutions d’État et de la société civile. Nous cherchons à développer une compréhension socio-anthropologique des impacts de la transition urbaine sur la vie des individus, sur leurs moyens de subsistance, sur la relation qu’ils ont avec les autorités, leur comportement, et leurs relations sociales avec les migrants. Trois principales questions de recherche structurent ce projet : 1) Comment les individus s’adaptent socialement, économiquement et culturellement à ces profonds changements? 2) Est-ce que le changement de la stratégie de l’État – d’une perception négative à une perception positive de l’urbanisation, en tant que stratégie efficace pour stimuler le développement économique et donc de se « moderniser » – a eu un impact sur la perception que les individus se font de l’urbanisation? et 3) Dans l’objectif d’établir des régimes de régulation appropriés face à l’augmentation des interrelations rural/urbain, voit-on l’apparition de nouvelles institutions ou organisations de la société civile?

 

Periurban transformations and climate change in Vietnam : Local adaptation practices and policy implications in a context of increased uncertainty, avec Jean-Pierre Collin, Julie-Anne Boudreau, Danielle Labbé, Ha Huu Nga et Nguyen Duc Truyen du Sustainable Development Institute for the North (SDIN) de la Vietnam Academy of Social Sciences (VASS), en partenariat avec la Association of Vietnam Cities (ACVN).

 Développé sur trois ans, ce projet collaboratif cherche à comprendre comment les populations locales du Viêt-Nam réagissent face à la multitude des transformations et incertitudes associées à la périurbanisation et aux événements climatiques extrêmes. Cette étude se veut complémentaire à des recherches existantes sur ces deux thèmes, qui s’organisent autour des sciences climatiques et de la planification urbaine. Pour y arriver, nous faisons appel à différentes approches tirées des sciences sociales sur les perceptions du risque et les vulnérabilités sociales.

 

Cela permettra d’explorer les effets qui découlent de la combinaison entre la transition urbaine et les changements climatiques sur les conditions de vie locales (modèles de stratégie de revenu, de consommation et de mobilité) des ménages périurbains, mais aussi en tant qu’une reconfiguration des acteurs impliqués dans les processus de prises de décisions politiques. Cinq villes de grandeurs différentes ont été présélectionnées en tant que sites d’études de cas. Ces villes sont dans quatre des régions socioéconomiques situées dans les basses-terres du Viêt-Nam. Dans chaque ville, des communautés spécifiques seront identifiées, et des données tant quantitatives que qualitatives seront collectées. L’étude suppose la découverte de stratégies de micro-adaptation localisées, conçues par les populations et ensuite reprises par les autorités, dans le tourbillon des transformations périurbaines et climatiques. Ultimement, ces stratégies d’adaptation vont servir à l’élaboration de politiques et de recommandations qui visent le renforcement de la résilience locale et des capacités d’atténuation face aux changements mentionnés. Ces recommandations seront développées et diffusées en partenariat avec la Association of Cities of Vietnam (ACVN), et en collaboration avec les autorités locales et le gouvernement du Viêt-Nam (par le biais de l’intermédiaire du Vietnam Academy of Social Science (VASS)).

 

D) La gouvernance

L’urbanisation affecte les modalités et la nature des relations sociopolitiques de trois façons. Dans un premier temps, elle modifie l’architecture institutionnelle du pouvoir politique. Les grands enjeux urbains (infrastructures et services publics, gestion de la violence, spéculation immobilière, gestion de la diversité, vulnérabilité aux catastrophes naturelles et aux risques sanitaires, etc.) sont désormais prioritaires sur la plupart des agendas politiques nationaux et internationaux. La plupart des États ont initié d’importantes décentralisations institutionnelles et des réformes de la gouvernance métropolitaine. Les modalités d’élaboration des politiques publiques passent de plus en plus par une approche territorialisée et transversale en ciblant une localité dans son ensemble plutôt qu’un secteur d’activité unique. Les revendications de la société civile passent souvent par les villes (surtout au sein des mouvements altermondialistes, mais également chez les émeutiers et dans les actes « terroristes »). Dans un deuxième temps, l’urbanisation transforme les modes de vie des citadins, et c’est l’hypothèse que nous posons, génère une nouvelle logique d’action politique. La prise de décision politique a longtemps été conçue comme un calcul des coûts et bénéfices des conséquences envisagées. Or, l’action est souvent moins stratégique, régie par une force d’impulsion plutôt que par la planification. Pensons aux manifestants à Athènes en décembre 2008. L’étincelle des premières manifestations était la rage contre un abus policier. Le déploiement des actions montre que l’imprévisibilité est leur source première d’inspiration. Ils ne savent pas où tout ça va les mener, ni même qui est exactement l’ennemi (l’État, mais aussi toutes les autres formes d’autorité diffuses). Cette logique d’action urbaine mise sur les interdépendances propres à la ville, sur la « culture de l’urgence » développée par les jeunes (surtout les plus exclus, voir Pedrazzini et Sanchez, 1998), sur la nécessité de prendre des risques, sur l’expérimentation et l’apprentissage par la mobilité. C’est une logique d’action politique qui est non seulement visible dans les émeutes, mais aussi dans les décisions gouvernementales. Par exemple, le code du vert au rouge pour alerter les citoyens sur l’intensité de la menace terroriste est conçu sur le principe que les réactions des gens à cette stimulation affective sont imprévisibles (Massumi, 2006). En apprenant que les États-Unis sont, par exemple, en code « orange », les passagers aux points de sécurité d’un aéroport peuvent réagir de plusieurs façons : panique, exaspération, indifférence. Une telle politique s’adresse à l’affect de la population et non à la raison. On n’explique jamais quelle est la menace, on ne fait que stimuler la peur. Dans un troisième temps, l’urbanisation, un peu comme la modernité, produirait une nouvelle ontologie que l’on pourrait appeler l’urbanité. Elle transformerait la façon dont les gens conçoivent le monde. Les références culturelles propres à la ville (telles les rapports à la vitesse, à l’incertitude, à la mobilité, aux stimulations sensorielles) se diffusent hors des villes et deviendraient des éléments caractéristiques de l’époque actuelle.

 

La réflexion du VESPA sous le thème de la gouvernance est présente sur plusieurs terrains, principalement à Hanoi, Paris, Toronto et Montréal.

 

Comparing metropolitan governance in transatlantic perspective : Toronto, Montreal, Paris and Frankfurt.

Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), sous la direction de Roger Keil, avec Stefan Kipfer et Pierre Hamel.

Ce projet porte un regard comparatif sur la gouvernance métropolitaine dans quatre villes, soit Montréal, Toronto, Paris et Francfort. La question de recherche principale est structurée en deux temps : 1) Dans quelle mesure les conflits et la coopération entre acteurs locaux sont-ils articulés en termes de gouvernance métropolitaine? 2) Les pratiques des acteurs locaux impliqués dans la gouvernance métropolitaine se ressemblent-elles dans les quatre villes à l'étude, et ce, malgré les différences dans les cultures politiques? Existe-t-il, en d'autres termes, une convergence dans les pratiques de gouvernance métropolitaine? Ces quatre villes font face à des défis semblables: 1) croissance économique et démographique, 2) étalement urbain et nouvelle distribution des fonctions résidentielles et de transport, et 3) transformations institutionnelles et politiques. Dans ce contexte, comment les acteurs locaux envisagent-ils la gouvernance métropolitaine? À partir d'entretiens avec des fonctionnaires, universitaires, élus et militants associatifs, nous analysons les représentations que se font les acteurs de la région métropolitaine. Nous parlons d'étude des représentations parce nous n'étudions pas le processus de mise en œuvre des programmes, mais plutôt la façon dont les acteurs définissent les problèmes générés par ce contexte de transformation, élaborent des solutions, légitiment leurs actions. Nos questions se centrent principalement sur les secteurs du logement et des transports.

 

Autre projet de recherche récent

L’intégration des immigrants à Montréal et à Bruxelles : vaincre la défiance et construire de nouveaux espaces de confiance, IVe Commission mixte permanente Québec / Wallonie-Bruxelles. Avec Andrea Rea (ULB) et Annick Germain (INRS-UCS).

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